Portrait d'une generation YouTube

Génération YouTube [exploration]

Par Ken Tan

Le 12 janvier 2017

Dear Future Me : portrait d’une génération YouTube

Vous êtes-vous déjà demandé ce que vous diriez à votre “vous du futur” si vous pouviez le ou la rencontrer ?

C’est le jeu, appelé « Dear Future Me », auquel se prêtent des milliers de créateurs sur YouTube. Un genre de vidéos particulièrement populaire chez les jeunes vidéastes (plus de 10 millions de résultats dans le moteur de recherche YouTube) qui n’est pas sans rappeler FutureMe.org, un site qui permet d’écrire un message à son “future soi” et de programmer son envoi à une date future. Depuis la création du site en 2003, plus de 5 millions de mails ont été écrits.

Une capsule vidéo temporelle

Adolescents ou adultes, stars ou anonymes, de nombreux YouTubeurs se sont essayé à l’exercice en s’envoyant ces « capsules temporelles ». Dans ces vidéos, les créateurs se filment en s’adressant à leur moi futur, pour se questionner, se donner des conseils ou se rappeler, par le biais de messages sincères et intimes, qui ils sont et d’où ils viennent.

Le portrait d’une génération YouTube

A l’instar des journaux intimes, ces capsules temporelles d’un nouveau genre sont le fait des nouvelles générations, celles pour qui YouTube s’est imposé comme une alternative de choix à la télévision. Aux quatre coins du monde, des créateurs plus ou moins aguerris (certaines vidéos ont quelques centaines de vues, d’autres dépassent le million) partagent leurs espoirs, leurs interrogations, leurs aspirations et leurs rêves. A la fois journal intime et exercice d’introspection en public, ces vidéos, basées sur la mise à nue des individus, fascinent autant qu’elles questionnent.

Parfois, la personne s’oublie et se libère au fur et à mesure de la vidéo, se prenant vraiment au jeu au point de s’apostropher, voire de se challenger !


Nul voyeurisme ici. A l’heure de l’exposition fantasmée des vies de chacun sur Facebook, ici le spectateur est un témoin pris à partie autant qu’un participant potentiel à l’exercice introspectif. Parce que, bien souvent, le créateur (ou la créatrice) est le rôle model d’une communauté : en partageant ce message il/elle se rapproche de sa communauté et l’invite implicitement à participer à cet exercice de mise à nue.

En somme, ces vidéos intimistes nous rapprochent tout autant du créateur… que de nous-mêmes.

Se projeter

“Qu’est-ce que tu as fait de ta vie au juste?” Pas étonnant que ces jeunes adultes, au carrefour de nombreux choix dans leur vie, se demandent qui ils sont devenus.

Ainsi, tout y passe : l’amour, la famille, le travail, les amis… Souvent, il s’agit également pour ces jeunes créateurs et créatrices de faire un point sur leurs objectifs :

“As-tu voyagé comme tu le désirais ?”

“Habites tu à Londres comme c’est ton rêve?”

“As-tu déménagé à Los Angeles”

“As-tu des enfants ?” (Certaines vont jusqu’à s’adresser à leurs futurs enfants)

Au fil du visionnage, c’est un véritable portrait d’une génération YouTube qui nous est donné à voir. Une génération pleine d’espoir et d’optimisme : 
“Keep on going, keep on pushing yourself to be the best”, “keep focusing”, “dis-moi que tu fumes pas, ou sinon reprends-toi en main !”
.

Cette exigence de soi s’accompagne d’une certaine lucidité : visiblement, optimisme et sens de la réalité ne sont pas incompatibles pour ces créateurs. A mille lieues des discours moroses sur la jeunesse, c’est une génération pleine d’optimisme qui se construit et se dévoile sur YouTube.

Une génération qui part du principe que le “soi du futur” sera meilleur que le soi du présent. Le “soi du futur” sera plus courageux, plus fort: “A common presumption runs that whatever the problem, Future Me will have more courage, more power to act.”

Chose remarquable, les personnes qui se prêtent à l’exercice font souvent preuve d’une étonnante maturité dans leur façon de s’adresser à eux-même. Nul rêve délirant dans ces vidéos, ces jeunes ne comptent que sur les choses qu’ils peuvent vraiment influencer.


Leurs questions interrogent davantage l’être plutôt que le paraître
; ils s’intéressent à ce qu’ils sont devenus plutôt qu’à ce qu’ils possèdent.

“Remember experience is far more valuable than money”

“Et le plus important, est-ce que tu t’amuses toujours?”

“Est-ce que tu trouves encore de la magie dans l’amour et l’amitié ?”

“J’espère que tu es heureux.”

Se rappeler

Bien sûr, l’exercice n’est pas évident. Face aux doutes et à l’incertitude qui entoure le future, beaucoup se donnent des conseils, pour ne pas oublier qui ils sont, ni d’où ils viennent.
“Reviens dans le passé et rappelles toi quelques uns de tes plus beaux moments…”

Partager

Dear Future Me est un exercice qui, implicitement, met la barre très haut pour ces jeunes qui dévoilent leurs rêves et objectifs à leur communauté. En s’adressant à lui-même, le créateur s’adresse également à sa communauté et, se faisant, s’expose bien plus que dans une vidéo classique.

En somme, ces vidéos « Dear Future Me » s’inscrivent dans la continuité des vlogs de tous ces créateurs qui partagent leurs moments de vie, leur interrogations, leurs craintes et leurs aspirations avec leurs communautés.

Une communauté qui réagit, soutient, fait écho à tous ces doutes, et qui se retrouve parfois au delà des différences d’âges ou de genre.

Voici quelques commentaires des vidéos, montrant l’échange généré entre le YouTubeur et sa communauté :

 

 Commentaires des vidéos dear future me

Apprécier le chemin parcouru… et avancer

Olivier Roland, dont TubeReach gère la chaîne YouTube, s’est laissé tenter par l’exercice.
A 35 ans, il se parle à son cher moi du futur dans 20 ans. Il en profite pour dresser un bilan de ses réussites – personnelles et professionnelles – et pour remercier toutes les personnes qui l’ont aidé et dont il aimerait se remémorer plus tard. Différent âge, différentes problématiques, mais toujours cette même envie de s’améliorer et d’avancer.

Cher moi du passé (Dear younger me)

“Si je rencontrais mon moi du passé, que lui dirais-je ?”.

Un exercice similaire sur la forme, mais bien différent sur le fond : ici, le créateur partage les conseils indispensables qu’il ou elle aurait aimé avoir plus jeune. Une façon pour l’individu, là encore, de prendre du recul sur sa vie et de partager avant l’heure la morale de son histoire. Ce format a d’ailleurs été repris, avec succès, par une ONG canadienne de lutte contre le cancer, dans une campagne de prévention.

La vidéo, particulièrement forte, met en scène, non des acteurs mais des patients qui ont réellement été confrontés à un cancer de la peau :

YouTube, catalyseur d’une tendance

Difficile d’imaginer un exercice aussi engageant entre un créateur et sa communauté. Car face à la caméra, le manque d’authenticité transparaît à l’écran. “Fais-le, ou ne le fais pas, mais il n’y a pas d’essai”, dirait l’autre.

Pour cette nouvelle génération, créative et en quête de sens, YouTube est un catalyseur de tendance : à la fois outil de sauvegarde de la mémoire, réseau de sociabilité et de partage, la plateforme permet à des milliers d’individus de construire et de se construire dans le monde de demain. #YouTubeFriendly.

Et vous, que diriez-vous à votre vous du future ?